dimanche 2 mars 2008


Le petit Grégoire n’aime pas les récréations, quand la sonnerie retentit il ne court pas dans les couloirs, n’arrache pas sa veste du portemanteau, il se dirige lentement vers le petit escalier près du préau, il s’assoit sur les marches et attend.
Le petit Grégoire n’aime pas jouer, il laisse ses yeux se perdre, il n’a pas besoin de regarder puisqu’il voit déjà. Ses pupilles noyées dans ses gros carreaux s’attardent sur les autres enfants. Ils dessinent une marelle sur le sol et étalent de la craie sur leurs doigts, se prennent les pieds dans leur corde à sauter.
Le petit Grégoire n’aime pas pleurer, ses camarades se bousculent, trébuchent, se battent, geignent et sanglotent, lorsqu'ils s'écorchent le genou ou se griffent dans le cou, mais Grégoire ne laisse jamais aller ses larmes, personne ne lui fait mal puisque personne ne le touche.
Le petit Grégoire n’aime pas rire, rien n'est assez drôle pour lui, parfois un semblant de sourire fend ses joues, mais ses yeux restent tristes. Sa mamie le pose seul sur son canapé devant des dessins animés, Grégoire penche la tête sur le côté, observe de travers, avec attention, on dira qu'il ne comprend pas tout, qu'il est trop jeune, mais il n'a tout simplement pas envie de rire.
Le petit Grégoire n’aime pas frémir, ses cousins se cachent derrière la porte, puis se jettent sur lui en criant, mais il ne sursaute pas, il crie un peu, "ah, vous m'avez fait peur", et ses yeux restent les mêmes. Il ouvre ses cadeaux et demande combien Mamie a bien pu les payer, mais voyons Grégoire, c’est le Père Noël qui te les amenés, et le semblant de sourire de Grégoire répond à sa place.
Le petit Grégoire n’aime pas les parcs publics, qui ne sont que de grandes cours de récréation remplies d’enfants et d’animaux, pourtant sa mamie l’y traîne chaque dimanche, lui donne du pain et lui demande d’en jeter des morceaux aux canards, mais Grégoire sait que son pain ne changera rien, que les canards ne sont les amis de personne et que rien n’est plus stupide que leur grand bec.
Le petit Grégoire est timide, il ne dit rien mais laisse défiler ses pensées précieuses derrière ses carreaux, il ne répond pas aux questions qu'on lui pose, ça ne l'intéresse pas, il préfère son monde, ce monde qu'il s'est fabriqué, loin de la mare, des canards et des cordes à sauter.

Pour en savoir plus sur la photographe :
http://www.flickr.com/photos/insilme
http://insilme.free.fr/blog/index.html

2 commentaires:

Anonyme a dit…

J'adore aussi, je peux?

Anonyme a dit…

et pourquoi pas mes couilles ?